Quel avenir pour Ti embann ar skoloù?

Question orale posée le 26 juin 2026 au Conseil régional de Bretagne.

Monsieur le Président,

Madame la Vice-Présidente,

Mes chers collègues.

Nous avons souvent débattu dans cet hémicycle de l’enseignement bilinue et immersif en breton. Dans ce débat, on aborde souvent la question par le versant quantitatif : le nombre d’élèves scolarisés, le nombre d’enseignants formés, le nombre de classes ouvertes ou fermées. On débat moins d’une donnée pourtant importante : le matériel pédagogique à disposition des enseignants pour travailler en breton.

En Bretagne, c’est Ti Embann ar Skolioù qui en est chargée : il s’agit d’une branche de Canopée, structure de l’Education nationale anciennement chargée de la production de documentation pédagogiques. Basée à Saint-Brieuc, Ti Embann ar Skolioù (TES) produit du matériel pédagogique en breton. La Région contribue à ce travail en finançant la production du matériel.

TES produit en principe pour tous les niveaux scolaires et toutes les disciplines. Le problème est que cet outil est sous-dimensionné : les effectifs se limitent à 4,8 équivalents temps-plein, complété par des heures supplémentaires payées à des enseigants volontaires pour contribuer. Ce chiffre de 4,8 ETP n’a pas bougé depuis 20 ans, malgré le fort développement des effectifs des filières bilingues en Bretagne.

En quoi est-ce un problème ? Quelques exemples pour comprendre. En histoire-géographie, matière « non-linguistique » la plus enseignée en breton au collège et au lycée, seuls les manuels de 5ème (épuisés) et de 4ème correspondent aux programmes actuels… entrés en application en 2016 ! Ainsi, en dix ans, seul la moitié du matériel pédagogique de base a été mis à jour. En 3ème et en 6ème, en plsu d’être dépassés, sont épuisés, et aucune réédition n’est prévue. Un professeur d’histoire-géo devant ouvrir une nouvelle filière bilingue dans un collège aura donc des manuels en breton pour un niveau sur quatre seulement. C’est dire que d’un collège à l’autre, la réalité de l’enseignement « en breton » de l’histoire-géographie peut recouvrir des réalités très différentes !

Il y a plus gênant encore : l’état du matériel pour l’apprentissage du breton. Aussi étonnant que ce soit, il n’existe tout simplement pas de manuel de breton pensé pour les élèves des filières bilingues, et correspondant aux programmes actuels de langues dans le secondaire. Les enseignants font avec des méthodes d’apprentissage pour adultes, avec tous les problèmes potentiels que cela comporte, avec du matériel pédagogique pensé pour l’option breton (donc pour de grands débutants), et avec des ressources qu’ils et elles conçoivent eux-mêmes. En maternelle, ce sont les ressources d’appui à la pratique orale de la langue qui font défaut. Le rapport sénatorial sur la loi Molac pointe d’ailleurs ce manque de matériel comme un facteur d’épuisement et de découragement des enseignants en langue régionale.

Au collège, une filière bilingue est constituée en principe de 50 % de cours en breton et de 50 % de cours en français ; dans les faits, peu d’établissements atteignent 50 % de breton, et beaucoup sont plutôt autour de 20-30 %. Si parmi ces 30 % de cours en breton, les trois quarts du travail sont faits sur des documents en français, la part réelle du travail en breton dans la scolarité des élèves sera inférieure à 10 %. Bien loin de l’objectif de bilinguisme.

Bien sûr, TES produit du matériel pédagogique et édite des nouveautés tous les ans, en format papier et numérique. Il ne s’agit pas ici de dénigrer le travail des agents. Mais avec moins de 5 équivalents temps-plein et la collaboration épisodique de quelques enseignants qui trouvent des heures en plus de leur temps d’enseignement, il paraît évidemment impossible de fournir pour tous les niveaux, et pour toutes les disciplines scolaires, en matériel pédagogique adapté et actualisé. C’est pourtant ce qu’il faudrait pour permettre à cet enseignement de se faire partout dans de bonnes conditions.

La comparaison avec d’autres territoires est instructive : comme le pointe l’association Kelennomp, qui regroupe des professeurs de breton du premier et du second degré, l’organisme chargé de la production de matériel pédagogique au Pays Basque nord (IKAS) dispose de ressources humaines nettement plus importantes, avec 7 salariés à plein temps et quatre à temps partiels, pour un territoire correspondant à un demi-département. Les moyens sont encore plus importants en Corse. La comparaison avec le Pays Baque pose aussi la question du statut de TES : son équivalent basque IKAS est une structure autonome, quand TES est une branche du réseau hexagonal Canopé. Or Canopé a changé de rôle : depuis 2021, elle a pour mission principale de proposer des formations aux enseignants, en particulier en matière de numérique, ce qui ne correspond plus à la mission de TES.

Compte tenu de ces élements, comment le Conseil régional se positionnera-t-il concernant les moyens et le statut de Ti Embann ar Skolioù dans la négociation de la prochaine Convention Etat-Région ?

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