Question orale – session des 11 et 12 décembre 2025
« Monsieur le Président,
Nous avons voté dans cet hémicycle, à l’unanimité, un plan de réappropriation linguistique.
Force est de constater qu’il n’a pas porté ses fruits : l’objectif de 30 000 élèves dans les filières bilingues élèves en 2027 n’est plus atteignable, et, pire, le nombre d’élèves scolarisés a régressé lors de la dernière rentrée scolaire.
La Région n’est pas en cause : elle fait sa part du contrat.
L’État ne la fait pas. Il est défaillant sur la formation des enseignants, sur la gestion des effectifs, et ne veille pas au respect de ses propres engagements. Bien sûr tout n’a pas été noir ces dernières années, mais les réussites ne sont pas exploitées comme elles devraient l’être. Ainsi la licence pour enseignants bilingues à Brest, malgré son succès, n’a pas été ouverte sur un deuxième site ; on comptait pourtant, en 2024, 261 demandes pour 30 places !1 Ce n’est pas le manque de demande pour ce dispositif qui freine son développement, mais un manque de volonté.
La réussite du plan régional repose en grande partie sur les engagements de l’État, engagements sur lesquels nous n’avons pas de prise directe.
Face à cette situation, deux attitudes sont possibles.
La première serait de baisser les bras, en actant le non-respect des engagements, et en arguant du manque de leviers à notre main.
La deuxième serait d’accélérer en renforçant notre propre plan de politique linguistique, et en allant chercher l’État sur chacune de ses responsabilités. Des acteurs associatifs font d’ailleurs ce pari et ont engagé une procédure judiciaire contre l’Etat.
Nous ne sommes pas impuissants : le rapport de force politique peut changer la donne.
Regardons le Pays Basque nord, où la majorité des élèves de maternelle sont dorénavant scolarisés en basque, et où l’immersion est pratiquée ouvertement et officiellement dans des écoles publiques. Le Pays Basque, ce n’est certes pas la Bretagne, mais c’est aussi la République française.
Regardons la Corse, où le recteur proclame que la connaissance de la langue corse sera une compétence fondamentale, et donne l’impulsion a une accélération du développement de son enseignement. La Corse, ce n’est certes pas la Bretagne, mais c’est aussi la République française. Ce qui est légalement possible là-bas doit être possible ici aussi. À nous de construire le rapport de force politique qui le permettra, avec tous les acteurs de la langue bretonne : parents d’élèves, jeunes, enseignants, artistes, formateurs, bénévoles… Ils et elles ont des choses à dire, des idées pour faire plus et mieux. Au-delà de l’enseignement, la question est aussi celle de la place du breton dans la vie : dans les centres de loisirs, dans les programmations culturelles, dans les médias, dans les familles, et même dans les musiques diffusées dans les commerces. Si nous ne pouvosn pas tout, nous pouvosn tout de même faire plus, et mieux. Le prochain budget régional sera une étape importante pour montrer quelle est la réaction de la Région Bretagne à l’enlisement de la convention pour les langues de Bretagne.
Êtes-vous prêt à donner un coup d’accélérateur à la politique linguistique régionale pour stimuler les acteurs associatifs et professionnels, et à contribuer ainsi à un rebond du mouvement de réappropriation linguistique ? »

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