Protéger les terres et le logement

Intervention prononcée le jeudi 12 décembre en session plénière du Conseil régional, au sujet de la partie du budget régional consacrée à l’aménagement du territoire.

Mes chers collègues,

Difficile d’éviter de parler du ZAN (Zéro artificialisation nette) à l’heure où le premier ministre, certes démissionnaire, envisage de le vider de son contenu. Cet abandon porte le risque d’un effondrement de nos capacités de production agricole, et de la destruction accélérée des équilibres naturels en Bretagne. Plus de béton, c’est aussi un territoire plus vulnérable aux inondations, ou aux pics de chaleur. Ce que dessine l’abandon du ZAN, c’est une société ou la vie sera plus dure, et dans un environnement appauvri.

Jouer les Cassandre n’est ni agréable ni valorisant. Nous avions pourtant prévenu, dans cette assemblée et ailleurs, que la sobriété foncière ne serait tenable que si le marché de l’immobilier était régulé. On peut loger la population sans bétonner frénétiquement nos terres, mais à condition d’utiliser au mieux le bâti existant. À condition, notamment, de réduire le nombre de résidences secondaires, qui prennent aujourd’hui la place équivalente à 530 000 habitants sur le territoire de la Région administrative.

Après trois ans d’alarme, on ne peut que constater des réponses bien timides. On ne voit se dessiner aucune politique, au niveau national ou régional, pour transformer massivement des résidences secondaires en logements pour les habitants, y compris d’ailleurs pour les centaines de milliers de nouvaux habitants dont l’INSEE nous prédit l’arrivée. Comme le rappelle notre document budgétaire, la Région n’y peut rien, seule, malgré sa feuille de route logement et habitat. Elle doit compter sur, je cite, le collectif breton. Force est de constater que ce collectif ne s’est pas vraiment saisi de l’enjeu.

Cette molesse de la réponse à la crise du logement, nous la devons bien sûr à des lobys efficaces qui font croire que l’économie bretonne dépend du tourisme et des résidences secondaires. Pourtant, si 8 % du PIB de la Région est lié au tourisme, seul 13 % de l’hébergement touristique se fait en résidence secondaire ; on peut calculer sommairement que cette forme de tourisme pèse environ 1 % du PIB. La résorber de moitié nous coûterait environ 0,5 % de notre PIB, loin d’une catastrophe économique. Au contraire, cette redistribution provoquerait des externalités positives considérables en facilitant le logement des jeunes, l’accès à l’emploi, en réduisant la mobilité contrainte et les dépenses inutiles qu’elle engendre. Elle profiterait même à certains acteurs du tourisme.

Nous voici au pied du mur : faute d’avoir choisi clairement de prioriser l’accès au logement pour les habitants, nous risquons de subir une dérèglementation de la consommation de foncier, présentée par certains comme la meilleure manière de résoudre la crise en cours. Pourtant, non, nous ne nous résoudrons pas à choisir entre la sécurité alimentaire et le droit au logement. Nous voulons les deux pour la population bretonne. Ceux qui veulent exonérer la Bretagne de la sobriété foncière devront assumer, devant la population, qu’ils veulent nous rendre dépendant d’importations massives de produits agricoles. Qu’ils le disent !

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