Ce texte est la version en français d’un discours tenu en breton le 14 décembre 2023 au Conseil régional de Bretagne. Pour retrouver la version originale: https://nilcaouissin.blog/2023/12/14/evit-ar-gwir-dal-lojan-e-breizh/
Mes chères collègues,
Enfin nous sommes appelés à voter une feuille de route pour le logement. Il était temps. Il était même grand temps, car depuis trois ans le marché du logement est dans un état catastrophique. La loi de l’argent règne en maître, et nombreux sont ceux qui ne peuvent plus ni acheter, ni louer.
Quand nous avions proposé d’instaurer un statut de résident principal dans certains territoires de Bretagne, quelle réponse avons-nous reçue ? Qu’il ne fallait pas organiser une file d’attente pour acheter en Bretagne. Mais à quoi sert une file d’attente, je vous le demande ? A assurer à chacun de passer à son tour. À éviter, la bousculade, et la loi du plus fort.
Nous, nous le disons une fois de plus : il faut réguler le marché du logement en Bretagne. Il est urgent d’instaurer des règles pour orienter le marché vers la satisfaction des besoins vitaux. De faire en sorte que chacune, chacun puisse avoir un logement, avant que les plus riches n’en aient plusieurs.
Car, disons le simplement : nous ne pouvons pas répondre à la crise actuelle en construisant rapidement un grand nombre de logements bon marché. Nous ne le pouvons pas parce que nous avons déjà consommé trop de foncier. Il faut bien conserver ce qu’il reste de terres pour la production alimentaire et pour le fonctionnement des écosystèmes. Construire sera certes toujours nécessaire, mais nous savons qu’il sera plus long, et plus cher, de produire du logement en reconstruisent ou en réaménageant des terrains déjà urbanisés. Alors, vu l’ampleur des besoins, une politique de production ne suffira pas. Il nous faut aussi une politique de régulation.
C’est là qu’est le point faible de cette feuille de route. On y trouve trop peu de propositions de régulation. On parle d’aider les communes à réglementer les locations de courte durée. C’est utile et nécessaire. Mais quand le taux de résidences secondaires est de 13 %, quand la Bretagne est la région où l’on construit le plus de résidences secondaires en France, depuis plusieurs années, quand on se rend compte que 20 %, 30 %, 50 % même des logements neufs partent en résidence secondaire dans certains de nos territoires, comment peut-on faire l’impasse sur cet enjeu ?
Cette critique ne nous empêche pas de reconnaître des points positifs dans les propositions. La réduction de TVA pour la production de logements abordables et écologiques est une bonne idée, qui répond à un besoin sur le terrain. Créer une foncière est aussi une entreprise utile, si l’on trouve les moyens de la faire fonctionner. Oui, vos propositions pour le soutien à la production sont bonnes.
Devant la gravité de la situation, le pire serait de ne pas bouger. Nous soutiendrons donc toute avancée qui pourra aider à protéger le droit au logement en Bretagne. Nous proposons toutefois des amendements, car une politique tournée vers la seule production ne peut réussir.
Nous proposons d’abord de faire de la Bretagne un terrain d’expérimentation pour des outils de régulation nouveaux, ou existant déjà dans d’autres pays. Nous proposons de les mettre en débat parmi les habitants de chaque pays de Bretagne. Nous proposons de remettre en avant l’idée d’une taxe régionale sur les résidences secondaires, idée défendue par la Région Bretagne depuis 2019, et qu’il serait bienvenu de ressortir du tiroir aujourd’hui. Nous proposons enfin d’expérimenter une version renforcée de la loi SRU pour encourager le développement du logement social dans toute la Bretagne.
Il est temps de rendre l’espoir aux Bretonnes et aux Bretons, de leur montrer que les institutions démocratiques peuvent affronter les crises les plus graves. De notre réaction à la crise du logement, dépendra largement l’avenir de la société bretonne. Nous avons à choisir entre une Bretagne qui resterait un bien commun pour tous ses habitants, ou un puzzle de paradis fermés, gelés, et dénués de vie.
Je vous remercie.
Note: l’amendement 28 a été voté après réécriture. Les amendements 29, 30 et 31 ont été rejetés par la majorité.





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