Discours de politique générale – Session budgétaire des 13, 14 et 15 février 2023.
Chers collègues,
Les prix flambent. En plus de la crise du logement, voici la crise de tout ce qui touche à la vie quotidienne. Energie, nourriture, assurances diverses, et il faut y ajouter la menace de la réforme des retraites. Dans ce contexte de crise sociale il est encore plus difficile de travailler à la réduction de nos émissions de CO2 et à la réduction de notre empreinte sur l’environnement, alors que la transition écologique est plus que jamais une urgence.
Dans ce contexte, que fera la Région ? Notre responsabilité est de faire des choix politiques pour orienter l’action publique, malgré la force des courants contraires. Or ces choix sont bien difficiles à lire dans ce budget primitif.
Le budget qui nous est proposé prévoit par exemple d’augmenter la fiscalité pesant sur l’achat d’un véhicule individuel. C’est un choix politique. Mais en même temps on nous propose d’augmenter les prix des transports collectifs. Difficile de s’y retrouver ! Nous proposons au contraire dans un amendement de ne pas augmenter les tarifs de BreizhGo. Ce serait envoyer un signal clair aux Bretonnes et aux Bretons : Oui, la Région veut que le réseau de transports régionaux devienne une alternative à l’automobile individuelle.
Autre exemple, plus parlant encore :
La restauration collective. Il nous paraît urgent d’augmenter le tarif pivot, sans attendre de longs mois supplémentaires. Comment penser que le coût réel des repas dans les lycées pourrait rester stable en 2023 par rapport à 2022 quand les prix de l’énergie et des aliments ont déjà connu des augmentations à deux chiffres depuis un an ? L’évidence saute aux yeux : si l’on n’augmente pas le budget de la restauration scolaire, les économies seront faites sur la qualité. Moins de bio, moins de produits locaux, les deux sans doute. Un drame quand on sait la gravité de la crise que traversent les producteurs bio. Il y au contraire urgence à maintenir et développer l’approvisionnement en bio, rapidement. A augmenter l’effort pour acheter aux agriculteurs et aux transformateurs locaux. Oui, il y faut plus d’argent, comment le nier ? Nous proposons une base de 5 millions d’euros d’augmentation ; un minimum selon nous.
Il y a une cohérence à aider le service public à s’approvisionner en produits bios, et en même temps à appuyer le développement de l’agriculture biologique. Nous faisons aussi des propositions sur ce terrain, ainsi que pour la préservation des prairies et de l’élevage bovin herbager. Oui, il y a un avenir pour l’élevage en Bretagne. Un avenir qui passe par un volume de production adapté aux ressources que la Bretagne peut fournir, au lieu d’importer l’alimentation animale. Un avenir qui passe par une alimentation plus qualitative du bétail, par des produits vendus à un prix rémunérateur. Nous retrouvons la logique de nos propositions : encourager à produire mieux, être prêts à payer les efforts.
Et comment financer tout cela, me direz-vous ? Nous faisons des propositions, des choix. Ces choix sont le fruit de notre analyse des priorités : accélérer la transition écologique, renforcer la solidarité, et donner des raisons d’espérer malgré les difficultés et les incertitudes. Oui, il faut aider certaines entreprises, aider au développement, à la transmission, à la création d’entreprises. Mais lesquelles ? Pour nous, c’est une perte sèche d’argent public que de financer la production de soucoupes flottantes pour les émirs du Golfe – et je ne parle pas du golfe du Morbihan ! De l’argent perdu toujours, du point de vue de l’intérêt général, c’est celui qu’on dépense pour attirer des touristes vers des zones qui font déjà largement le plein pendant l’été. Arroser là où il pleut toujours et où l’herbe est grasse, ce n’est pas une bonne politique, en particulier quand les temps sont durs pour les finances publiques. Il vaut mieux à notre avis utiliser cet argent pour nos services publics, pour aider nos entreprises via une politique d’approvisionnement public de qualité.
Longtemps l’idée de création d’emploi a été au centre du débat politique en Bretagne. Pour de bonnes raisons. Mais en bien des lieux aujourd’hui, c’est le recrutement qui est devenu difficile, tant et si bien qu’on se demande quelles activités devront réduire la voilure. Or on ne sait que trop bien ce qu’impliquera le manque d’infirmières, de médecins, de paysans, de conducteurs de bus, de professeurs, d’ouvriers, et j’en passe.
Les causes de ces difficultés de recrutement sont multiples, mais nous savons que la crise du logement arrive en tête. Il est donc urgent d’augmenter les moyens de l’Etablissement public foncier, si nous voulons permettre aux communes de produire plus de logements en renouvellement urbain. Il faudra aussi des moyens pour mettre sur pied un Office foncier solidaire pour la Bretagne avec les autres niveaux de collectivités. Car si les expériences de bail réel solidaire, dissociant la propriété du foncier et du bâti, tendent à se multiplier, elles réclament un ingénierie juridique et de projet que les intercommunalités de petite taille ne peuvent pas financer. Nous avons aussi besoin de pousser plus loin la réflexion sur la régulation du marché de l’immobilier, et c’est pour cela que nous proposons le financement d’une nouvelle étude, après avoir lu dans le projet de budget primitif que celle que nous avions votée l’année dernière ne concernait finalement que le volet production. Or, le logement le plus facile à proposer est celui qui est déjà là, et la Bretagne est riche en logements. Les Bretons, pas forcément !
Sur ce sujet, la loi a bougé et pourrait bientôt bouger encore. C’est l’occasion rêvée pour la Région de demander clairement le pouvoir d’organiser la régulation de l’immobilier en Bretagne, et d’ apporter ainsi une réponse aux attentes des élus locaux. Ils sont de plus en plus nombreux à revendiquer la possibilité d’adapter la réglementation pour mener des politiques volontaristes, adaptées aux particularités de leur territoire. Il n’est pas acceptable que le droit du logement fixé par l’État central permette que se développent sur des territoires toujours plus nombreux en Bretagne de véritables situations de ségrégation sociale et générationnelle.
Et puisque j’en suis à mentionner les échanges avec l’État… je dois dire que je suis ébahi de voir un exécutif régional qui il y a un an signait un accord ambitieux avec l’État pour les langues de Bretagne, prêt aujourd’hui à voter une baisse – oui une baisse, si l’on compte bien- sur le budget de la langue bretonne. Où est passé le « Plan Marshall » promis aux Bretonnes et aux Bretons pendant la campagne des régionales ? A force de le promettre pour plus tard, on y arrivera peut-être pour le centenaire du vrai Plan Marshall. J’y reviendrai durant les débats. Mais si les sommes inscrites au budget primitif ne bougent pas, la crédibilité de ceux qui ont promu ce plan sera sérieusement entamée.

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