Je découvre aujourd’hui, avec un mélange d’amusement et de lassitude, un article particulièrement représentatif des critiques associées au projet de statut de résident principal – projet que j’ai défendu, notamment, dans le Manifeste pour un statut de résident en Bretagne (2021). Pour faire simple, le but du statut de résident principal que je propose est de restreindre très fortement les achats de résidences secondaires dans les zones où elles posent de grave problème d’accès au logement pour les résidents à l’année, en posant une condition de vie sur le territoire depuis au moins un an pour pouvoir acheter un logement.
Voici le lien vers l’article du GRIB, « Groupe information Bretagne »: https://le-grib.com/les-autonomistes-reclament-un-statut-de-resident/
Et sa conclusion: « Il s’agit donc bien d’une revendication ethniste que l’on attendrait de l’extrême droite plutôt que de partis qui se présentent sous habillage de gauche. Le socle idéologique des autonomistes reste bien celui de Breiz Atao. «
Ci-dessous, revue des contre-vérités qui permettent d’aboutir à cette conclusion.
1-L’article commence par expliquer que le statut de résident est une proposition des indépendantistes corses. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas toute la vérité. Ce statut est également défendu par les autonomistes corses, et surtout, le projet de statut de résident en Corse a été adopté à l’époque où les nationalistes n’avaient pas encore gagné les élections! En effet, à l’époque du vote (2014), le président du Conseil exécutif de Corse s’appelait Paul Giaccobi. Membre du PRG, il avait gagné les élections territoriales de 2010 à la tête d’une liste d’union de la gauche. Le projet de statut de résident en Corse fédère donc bien au-delà des rangs des indépendantistes… mais cette réalité ne servant pas le propos de l’article polémique qui m’est consacré, elle est tout simplement passée sous silence. On appréciera la méthode.
-Très vite on passe du mensonge par omission au mensonge tout court: « ce libelle a pour but de « protéger les Bretons » de l’invasion de leur territoire par des étrangers à leur peuple. » Je ne sais pas d’où l’auteur de l’article tire sa citation, car je ne crois pas l’avoir écrite ou prononcée où que ce soit, et certainement pas dans le sens de l’interprétation qui l’accompagne. Fort opportunément, l’auteur ne donne pas de référence pour cette pseudo-citation. Mais elle lui permet d’affirmer que la mesure vise les étrangers, ce qui n’est pas le cas, la lecture de mon livre ne laisse pas de doute à ce sujet. Je n’utilise d’ailleurs jamais le terme d’invasion pour parler des installations en Bretagne et j’ai dit, et écrit, à de multiples reprises, que les installations de nouveaux habitants en Bretagne sont positives à mes yeux. Le choix d’une durée courte pour l’obtention du statut (un an de résidence principale) vise justement à le rendre indolore pour les personnes qui choisissent de venir habiter en Bretagne, tout en étant suffisante à mon avis pour réduire très fortement les achats de résidences secondaires. Ici, l’auteur reprend des mots et concepts de l’extrême-droite qui n’ont jamais été les miens, et me les colle sans vergogne sur le dos. C’est pourtant bien lui qui choisit de déplacer le débat du terrain social au terrain identitaire et migratoire!
-Le doute est à nouveau jeté sur le principe même de la proposition avec cette phrase: « Il n’est pas dit si les Bretons de sang issus de la diaspora auraient le droit de s’installer où ils veulent quand ils le veulent, ni après quels tests. » Il s’agit encore d’un mensonge, car j’aborde ce point dans mon livre et l’ai souvent rappelé à l’occasion d’interviews: le statut de résident serait basé sur la seule notion de résidence, sans aucune prise en compte de l’origine ou de la nationalité. C’est pour moi fondamental. Il est vrai que cette question fait débat en Corse. Mais m’attribuer cette ambiguité est malhonnête, ma position est des plus claires. C’est là le coeur d’une argumentation mensongère qui tente de détourner ma proposition de son sens.
Alors, pur mensonge ou manque d’informations? Si les 10 euros que coûtent mon livre représentaient une somme insurmontable pour l’auteur qui se cache derrière le pseudo « Grib », je lui offrirai bien volontiers un exemplaire. Mais en l’occurence ce n’était même pas nécessaire, car la réponse a cette question est consultable, gratuitement, sur le site de l’UDB. https://www.udb.bzh/qui-sommes-nous/questions-reponses/ (voir « statut de résident »)
-On me reproche ensuite de ne pas étendre le statut aux Bretons de l’intérieur et de ne pas les « protéger de l’invasion » (ce ne sont pas mes mots). Délibérément, le choix est fait dans cet article de présenter le statut de résident comme un outil de politique migratoire, et non comme l’outil de régulation de l’immobilier qui correspond pourtant à sa philosophie (aucune prise en compte de l’origine ou de la nationalité). Il est évident pour tout lecteur de bonne foi que le statut de résident est pertinent dans des zones qui sont saturées de résidences secondaires et dans lesquels la population résidente, ou les nouveaux arrivants, peinent à se loger. Ces deux conditions n’étaient pas réunies jusqu’à un passé récent dans le Centre-Bretagne: le statut n’y aurait donc pas été utile. Mais les conditions socio-économiques changent et la question du statut de résident dans l’intérieur peut se poser (j’indique d’ailleurs dans mon livre que ce serait aux populations de décider, et ne prétends pas fixer moi-même le zonage!).
-Enfin, le statut est qualifié d’inconstitutionnel, ce qui permet de m’attribuer le projet de rendre la Bretagne indépendante. On a là plusieurs contre-vérités en une… d’abord, il ne vient apparemment pas à l’esprit de mon critique que la Constitution peut changer. Mon parti (l’UDB) est d’ailleurs partisan d’une République fédérale, ce qui implique inévitablement une réforme constitutionnelle. Ensuite, aucun argument n’est apporté à l’appui du procès en anticonstitutionnalité. J’ai à de nombreuses reprises argumenté pour expliquer que l’anticonstitutionnalité n’est pas démontrée, notamment parce que les différences de traitement sur la base de la résidence principale existent déjà en droit français, et de manière très courante. Mais à ce stade on aura compris qu’éclairer le lecteur ou débattre au vrai sens du terme n’est pas l’objectif du courageux anonyme qui me calomnie sous pseudo.
On me trouvera peut-être un peu long au sujet d’un article au fond assez minable. Mais j’estime nécessaire de ne pas laisser passer les mensonges (y compris par omission), et d’illustrer le niveau de malhonnêteté intellectuelle des plus ardents opposants au statut de résident principal. L’usage massif du mensonge et des fausses citations fait furieusement penser aux méthodes de la fachosphère. Tout comme l’obsession pour la question migratoire et l’usage répété du terme d’ « invasion » complètement hors de propos. Drôle de dérive pour une groupe qui prétend alerter sur les dangers (réels) de l’extrême-droite.

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